jeudi 11 août 2016
écrivant . ce que je continue de titrer : " pour que demain commence . conversation, projet et mémoire "
11
heures 01 + Chaque jour, chaque nouveau jour est probatoire. J’en ai plusieurs,
combien ? jusqu’à ma mort, plusieurs d’ici le retour de mes aimées. Donc,
« mon » livre. Réfléchi sur les apports d’hier soir, et sur la
manière dont j’ai entrepris d’écrire de fil en aiguille, comme si une
dialectique allait s’imposer d’elle-même et qu’ayant seulement choisi une
perspective et encore : l’ordalie, tout devait venir naturellement. Il me
faut un plan, et ce sur quoi j’écris est grave puisqu’il s’agit de comprendre
que nous ne sommes pas des mouvements et des inerties banaux mais sans doute à
un seuil ressemblant à la bascule des années 30 vers des totalitarismes. Sans
doute, cette fois-ci, n’y a-t-il nulle part en Europe – car singulièrement il
semble ne s’agit que de l’Europe, elle seule potentiellement en mouvement, puis
l’Amérique anglo-saxonne entre en torpeur et médiocrité politique, l’Amérique
latine s’enfonce dans sa mal-gouvernance, l’Afrique dans ses dictatures
provocatrices de désespoir et d’émigration, et qu’à l’Asie énorme nous ne
pouvons pas grand-chose ni au régime de Pékin ni l’antagonisme qui vient entre
les deux puissances : Chine-Japon – nulle part en Europe de chefs
charismatiques. La dictature qui vient qui s’installe déjà dans les pays anciennement
dits de l’Est n’en est que plus redoutable, elle n’aura ni nom ni visage ni
même apparence d’un individu plutôt qu’un autre, il y a déjà un système de
pensée, haineux, simpliste, psychiquement violent pour qui résisterait. Mais on
ne résiste pas encore. Quant à nous, selon les propos qui reviennent des
conversations entretenues par FH, il m’apparait – ce que je ne voyais pas
jusqu’à ces heures où sa personnalité ne m’était plus du tout saisissable, si
jamais je l’avais auparavant comprise, et je ne le crois pas – que l’homme,
cynique au possible, comprend très bien l’air du temps, et même les vrais défis
(aujourd’hui la démocratie), mais pour lui ce ne sont que des thèmes, des
points d’appui pour se maintenir au pouvoir. Il excelle à trouver des prises,
et – lui – à n’en offrir aucune. Au comble de l’impopularité relativement à
tous ses prédécesseurs, personnages ou régimes confondus, il se maintient et se
maintiendra. Il est indifférent à tout, se sert de tout et notamment de ce vice
qui n’est pas institutionnel mais psychologique : personne ne résiste, on
vote au Parlement, se contentant des concessions mineures et d’apparences de
débat, et personne ne battra l’impétrant aux primaires de la gauche. Chacun
croit à la durée et l’on ne pense plus, entre VALLS et MACRON qu’à 2022… c’est fou. On va vers un combat,
psychologiquement passionnant, mais politiquement désastreux car n’engageant
aucun choix stratégique pour notre pays et pour l’Europe, un combat entre ce
cynisme et le culot de NS, chacun d’ailleurs ne croit qu’en soi et nullement à
des convictions de fond ou à la qualité de ses troupes et électorats. Marine LE
PEN sans doute au second tour, mais bien moins assurément qu’il y a six mois,
et la possibilité qu’elle soit élue, ce qui rendrait la main au Parlement pour
la première fois depuis 1958, me paraît très faible. Intérêt
(accessoire ?) du journal : vérifier « plus tard » ce que
l’on pensait ou prévoyait « avant ». – Il me faut écrire cette
inertie, cette urgence, ces agencements, le risque du nouveau siècle. L’avenir
n’est pas au hasard.
18
heures 28 + Je « reprends » surtout si « cela » marche.
Beau message de MMR. Oui, c’est vrai mon livre est tardif si je ne le boucle
d’ici la première semaine de Septembre : « court mais dense »,
exergue d’un de mes cahiers de camp scout. Dieu veuille bénir tout :
projet, effort, travail et me donner le débouché.
19
heures 52 + Interruption dix minutes : messages de MMR, puis de JLM
et enfin de MCC. – Je ahanne, suis sans doute emm… mais je sais et vois où je
vais. Je ne m’arrêterais ce soir qu’au bord de ce que je veux traiter :
l’horreur possible et la souhaitable marche pour l’éviter.
21
heures 21 + Je me suis arrêté. Ce livre m’échappe. Je n’écris pas selon moi, ni
selon autre chose qui serait un plan ou un projet, j’écris de moi à un lecteur,
de moi à nous sur ce que nous vivons, je me propose aussi en parabole, mon âge
et ma santé, mes limites de talents et de savoir-faire, et je nous mets dans
une ambiance qu’hier soir j’ai enfin trouvé, échappant à la banalité d’une
catastrophe nationale non dite mais réelle. Je passe ainsi du matériel et de la
sociologie politique à du spirituel, j’espère. Je reste allusif et abstrait,
des notes « de base de page » donneront noms, dates, parfois des
circonstances et le moment historique. – Suis-je en bonne voie ? voici que
mon blog, où je viens de déposer mon travail de ces heures-ci (avant de
maintenant dîner puis débroussailler pour l’apparence immédiate de demain,mes
chères sœurs)… répond. Le lendemain du jour où j’ai déposé mon premier travail,
celui du lundi 8 : soit le 9 Août, 180 visiteurs ou lecteurs, alors
qu’ensuite ou avant, c’est de l’ordre de la dizaine. Quelle a été l’alerte,
comment sont-ils venus ? Aujourd’hui, 12… à cette heure.
suite IV . à continuer
De quoi
sommes-nous capables ? et quels sont les temps ? Je me pose la
question tous ces mois-ci pour moi-même. Ce choix d’intuition de m’imposer au
prochain élu, à la prochaine élue, quel qu’il soit, quelle qu’elle soit, pour
présider notre République, nous présider, m’imposer tout simplement – puisque
les suggestions, les analyses, les avertissements ne s’imposent à nos
gouvernants si cela ne vient d’eux-mêmes et des quelques miroirs qui font
cabinet – en recueillant quelques voix à
partir de rien, alors qu’il ou elle aura une machine travaillant en permanence
depuis le début du mandat qu’il nous faudra renouveler ou empêcher en choisissant
d’autres, tout autant équipés et entourés. Moi, je vous écris. C’est d’ailleurs
à vous de comparer. Si je suis à la fois nu comme j’avoue l’être, pas jeune,
pas très flambard, et en même temps insipide autant que les autres en textes et
propositions, alors il vaut mieux effectivement que je me repose, écrive des
poèmes et des mémoires, ou compiler ce que j’ai composé depuis quarante cinq
ans… Et je vous laisserai redoubler, tripler, car ils se ressemblent tellement.
Les deux derniers, c’est patent. Changement de compagne dans les débuts du
mandat, présence à tout propos dans les médias, interventions sur tous sujets
méprisant toutes répartitions des compétences, même constitutionnellement
distribuée. Même hantise des sondages, même défiance vis-à-vis de la procédure
référendaire produisant chacun le sait ou l’a su un rejet encore plus marqué
que celui des commentateurs, même peur de parler en plein air à de vraies
foules, mêmes mouvements de troupes armées et camionnées quand ils vont
ailleurs qu’à leur bureau, mêmes précisions périodiques sur leur identité
politique et leurs convictions intimes puisque leurs faits et gestes n’ont
d’éloquence que de choquer ou de décevoir, l’un choquant notre idée atavique du
souverain à nous donner à nous-mêmes, l’autre si différent de ce à qui nous
nous attendions, ce que nous voulons.
La fonction
n’est pas celle d’un omniscient ou d’un volontariste, elle consiste à arbitrer
entre nos pouvoirs publics constitutionnels, entre les gouvernants, les élus,
les dirigeants et comme la politique – lieu de la démocratie – doit l’emporter
sur l’économie pour que soit respecté l’essence du pays et notre ensemble
social, arbitrer aussi à de grands moments ce qui se délibère et se projette
dans nos entreprises, si elles sont d’envergure nationale par ce quelles font
ou par ceux qu’elles assemblent en travail salarié, en organes ou personnes
investissant et finançant pour leur bonne marche, leur développement. J’écris
cela abstraitement, car je n’ai jamais su bien écrire, clair, court, phrases :
sujet-verbe-complément et une idée par phrase, mais je crois qu’il m’a été
donné de lire et penser assez juste, assez vite, de repérer le détail figurant
beaucoup et d’embrasser ce qui finalement explique un pays, un personnage. Ce
fut d’ailleurs mon métier, tel que je le comprenais et l’ai exercé. Regarder,
entendre, comprendre et admis, dans une intimité périodique et mutuelle, par
celui censé nous orienter ultimement, répondre de nous et de notre pays, du
présent et de nos acquis, de notre patrimoine, délibérer tranquillement, à
égalité puisque ce serait secret, au plus su par les collaborateurs tenant
l’agenda présidentiel. Quand j’avais le privilège des colonnes de tels
quotidiens, alors que le général de Gaulle n’était plus parmi nous, je pouvais
accéder à son successeur par la simple parution en début d’après-midi de ma
critique, d’un épisode de plus procès en fidélité que je lui intentais. Je
voulus finalement le voir, le rencontrer dans sa fonction et dans sa vie
quoiqu’il fût évidemment à la fin de celle-ci. J’en fus dissuadé par celui qui
me publiait : trop mauvaise humeur. Je sus que j’étais lu de lui par un
ancien et futur ministre, puis grand éditorialiste. Je sus surtout – par un de
ses principaux ministres, auquel tout m’attacha ensuite – que j’eusse été reçu.
Le suivant avait fait épouvantail pour ceux qui se disaient fidèles à l’homme
du 18-Juin et de la participation, de 1940 et de 1969, qui se disaient… mais
n’étaient plus guère pour la plupart car le caractère de la fidélité n’est pas
le refus d’un autre emploi proposé par un autre, mais de manque l’imagination
de la suite selon la source originelle. J’ai cru depuis 1969 que cette
imagination m’a été donnée et je tente de l’exercer depuis, professionnellement
situé, mais jamais requis, puis retraité mais toujours pas au repos, même si ma
santé maintenant m’inquiète et si je sais la statistique de toute longévité,
demeurant tant soit peu lucide quand on a soixante-quatorze bientôt, tandis que
vous me lisez. A ce suivant, j’ai proposé la recette que je continue de
servir, le plan périodique réunissant en commissions diverses tous les acteurs,
possédants, représentants, etc… en entreprise, en société, en entités
publiques : le plan, institution projetée par beaucoup de nos élites dans les années 1930, décidée
par le Conseil national de la Résistance, étudiée par Pierre Mendès France,
ministre des gouvernements privisoires à Alger puis au retour à Paris, chargé
de l’Economie. J’ai également demandé un emploi, celui de missionner à ytravers
la France pour en connaître au jour le jour et au hasard des rencontres de
rues, de lieux conviviaux, d’entretiens avec des gens d’autorité ou
d’animation, la pesnée, le souhait, la possibilité. Cela me valut d’être reçu
par un des conseillers auliques et amis de Valéry Giscard d’Estaing, Jean
Sérisé. Petit homme assuré de lui et de son patron, mais aimant écouter,
risquer tout dialoguer, jauger et évaluer. Je ne fus pas séduit, j’étais à
l’aise et en confiance. De l’homme qui fonda, pour une seconde fois devenue nécessaire,
notre République, cinquième du nom, j’avais fait la connaissance par son frère
aîné. Il n’était alors qu’opposant, mais le chef incontesté de l’opposition
puisque de Gaulle en l’admettant comme adversaire au dernier tour du scrutin où
il fut réélu, l’avait quasiment désigné comme son vrai successeur, ce qui fut.
Mais je me tins devant lui en homme libre, jeune, démocrate et surtout en
personnalité ayant une tribune de grand rayonnement : celle du Monde. D’autres à leurs premières
entrevues, autant que j’en avais moi-même place du Palais-Bourbon puis rue de
Bièvre, y gagnèrent presque d’un coup le brevet de futur ministre. Matignon,
l’intimité de travailler à l’Elysée, des postes encore nombreux, voire plus
élevés, quand le règne fut fini. Jacques Fauvet, dont l’une des filles épousait
un futur ministre, déjà candidat à la députation d’Arles, me voyait
porte-parole du nouveau Président quand celui-ci vint du Panthéon occuper son
nouveau bureau, celui qu’avait – avec déférence – refusé d’occuper son prodécesseur
et vaincu immédiat, Valéry Giscard d’Estaing. Mais François Mitterrand,
accessible à tout même à une dédicace nominative et datée (l’exact jour et mois
suivant de cinquante ans l’arrivée au pouvoir de Hitler, autre temps, autre
lieu, autre poids d’Histoire) d’une photo de lui que j’avais prise, me reçut
régulièrement soit à l’Elysée soit en déplacement à l’étranger pour lequel il
accédait à ma demande de l’accompagner, pour voir et entendre… ainsi juste
vingt ans après la journée sur le chemin du roy, de Québec à Montréal, que j’ai
déjà évoquée, le Canada dont l’avenir est déterminé par le passé, puis le
Canada de la francophonie et des situations diverses qui pourraient en Afrique,
dans notre voisinage européen, au Liban, s’amélioraient entre pays frères
d’esprit analogue, de références communes. Etais-je sous le charme ? non.
Etais-je intimidé ? oui, en public, non en tête-à-tête mais reçu par lui
pas ou ne l’aurais-je pas été, je reconnaissais le successeur, l’envergure, la
profondeur et le mystère. Quand l’homme a la taille et la mesure de sa
fonction. Après lui, les Français pas plus que moi, n’ont vu son pareil, son
analogue. Pas une affaire de durée, ni d’exploits comme le fondateur en eut
tant à son actif, mais la résonnance d’une personnalité sur un pays, et de
l’âme d’un peuple et d’une Histoire sur le responsable de notre Etat. Depuis,
l’inadéquation au national m’a expliqué pourquoi – sous trois noms successifs –
le destinataire de mes demandes d’audience
ne me répondait pas, ne me répond pas.
Je crois – à
l’instar de la plupart d’entre nous – n’être refusé de concourir à la pensée
publique et au projet pour notre pays, son bien-être et son rayonnement que des
traits de caractère distinguant du commun des Français – eux seuls, nous seuls
sommes pourtant immortels tandis que nos présidents sont précaires – ceux qui
gagnent l’élection suprême pour un temps sont, malheureusement, depuis vingt
ans, la cécité et l’autisme. Nous nous en rendons compte et nous en pâtissons
presque tous.
Me voici, avec
vous, à comprendre le danger où nous nous trouvons. Par temps ordinaire, il y
en a parfois dans la vie humaine et dans la vie des nations, on s’en rend
compte rétrospectivement à ce que cela fut du temps perdu pour engranger de
quoi être fécond ou nous structurer pour avancer, vivre ce que nous avons à
vivre et que nous pouvons rendre beau ou insupportable. Physiquement,
moralement, spirituellement. Ambassadeur au Kazahstan, le premier du genre à
l’indépendance supposée des Républiques fédérées soviétiques, au terme apparent
d’une semi-carrière à l’étranger, passionnée et passionnante par ce que j’en
faisais, par qui j’y rencontrais et par ce que je voyais et comprenais, j’ai
été rappelé et interrompu, puis empêché de toute suite, de tout avenir. Vingt
ans et un peu plus ont passé, il m’a été donné de me marier et de recevoir une
petite fille, une épouse, une totale augmentation de mon aire et de mon
ambition vitales. Mais j’ai été privé de tout ce que m’aurait d’autres
positions, voire les positions que j’ai toujours ambitionné, le côté du roi
dans notre Républiques pour savoir et dialoguer avec lui, pour avoir la vue
d’ensemble de ce que nous pouvons et devons faire en ce temps-ci. Privé aussi
de cette respiration que donne une ressource mensuelle convenable puisqu’au
placard, on n’accumule pas les points de retraite. J’arrive donc peu muni aux
instants du déclin et des doutes sur chacune de mes forces. Et il me semble
qu’il en est de même pour notre pays. Que ma génération a failli à transmettre ce
dont elle avait joui sans en ressentir l’éphémère ou au moins la nécessité de
l’entretenir, de le parfaire, de le mériter même. Notre pays est-il
mortel ? sait-il s’accepter tel qu’il change depuis une génération au
moins ? C’était la question jusqu’à ces tout derniers temps. Mais à
présent l’interrogation est bien plus forte, elle est inévitable. Nous et nos
frères d’Europe sommes en grave danger.
Je voudrais
vous dire et – bien plus que vous convaincre – vous rencontrer dans ce vous
ressentez vous-même. Donnez-moi l’utilité, pour vous et pour d’autres,
d’essayer de l’exprimer. C‘est d’ailleurs – justement – à cette fin-là et à
cette seule fin que je souhaite participer à la prochaine campagne
présidentielle. Non du tout pour être élu, et je vous l’assure, pas parce que
je n’ai aucune chance, dirait-on et vérifierait-on, mais pour dire librement et
très fort, selon les moyens accordés à tous et toutes par principe
constitutionnel d’application contrôlée, ceux de toute campagne présidentielle
en sa phase officielle, ce que nous pensons presque tous. Mais dire aussi en
quoi et pourquoi nous sommes en danger. Affirmer enfin, ce que souvent avec
fierté, nous croyons de nous-mêmes, que nous manquerions à notre pays, la
France, et à notre époque, celle d’une intense hésitation de l’entreprise
européenne et du souhait libertaire habitant, taraudant le monde entier, si
nous ne faisions pas, ne proposions pas, ne bâtissionspas quelque chose. Même
isolément un moment, pour susciter d’autres, puis les autres. Nos âmes sont
visées, nous avons cessé de nous évaluer selon nos manques. Il se peut que nous
en mourions. Seuls ou pas seuls, la différences ? si nous mourons. Mais la
beauté, la grandeur, la joie si nous renversons le cours qui a commencé. Les
cours du simplisme, de la haine, du totalitarisme. Sans visage, sans fanfare ni
cortège, peut-être sans camps ni tous les attirails photogéniques ou pas
d’années d’autrefois mais qui eurent bien lieu et massacrèrent tant et tant,
trompèrent tout le monde, même celles et ceux qui en furent finalement
victorieux. Tout le monde trompé ? pas tous, il y eût des visionnaires par
exigence ou par conviction. J’ai – par la pensée et à travers la mort d’ici-bas
– dialogué avec quelques-unes,
quelques-uns avant de continuer de vous écrire. J’ai envie de vous les faire un
peu connaître s’ils ne vous sont pas déjà familiers. Ce qui nous mettra,
ensemble, dans une ambiance dont nous devons comprendre l’analogie avec la
nôtre en ce moment-ci de l’Histoire. Celui où nous arrivons.
commencement - suite III et à suivre
Ecrire ce
livre, vous écrire ce livre est exactement aussi difficile et précis que réagir
en politique, en société au point où nous sommes comme très vieux pays mais qui
change comme jamais autant ni si profondément depuis au moins un millénaire. Je
suis moi aussi très vieux, mes repères et mes souvenirs, ceux et celles que
j’ai rencontrés, le libellé-même de mon expérience, les mots pour la formuler
ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Notre fille – dont je continuerai de vous
parler pendant tout ce temps où nous
sommes ensemble puisque vous me lisez – me dit que je parle en vieux français.
Mais je ne suis pas seul à être démodé. Tous nos politiques le sont, les chefs
de nos très grandes entreprises eux aussi, les dirigeants étrangers datent
également quand ils ne sont pas issus des extrêmes.
S’il ne s’agit
que d’accéder au pouvoir, personne n’est démodé s’il gagne. Il y a les coups
militaires, il y a la cooptation, il y a chez nous – en Europe – l’élection au
suffrage universel direct : tout le monde à partir de dix-huit ans en France
peut et devrait voter pour que soit choisi le président de notre République. Il
en va de même pour composer l’Assemblée nationale ou départager des listes de
candidats aux assemblées régionales, départementales, communales. L’esprit
reste le même pour d’autres instances de loindre capacité. Il n’est toujours
pas décidé de ne tenir pour valable une élection, un scrutin que si un minimum,
une proportion importante de celles et ceux qui sont en âge et droit d’exprimer
leur choix sont allés aux urnes. Toujours pas permis de déposer dans celles-ci
un bulletin blanc parce que vous jugez, nous jugeons que la question n’est pas
bien posée ou qu’entre les candidats se disputant la palme, aucun de convient,
ne nous plaît. Est-ce le peuple français qui a décidé quand nos institutions –
celles voulues par le général de Gaulle et applaudies massivement par nous –
sont dévoyées parce qu’on abrège la durée du mandat présidentiel, à égalité de
celle des députés à l’Assemblée nationale et que, de partout, il nous est
répété que cela ne change rien, et puis qu’on estime plus cohérent de faire
suivre l’élection présidentielle, au moment de ce changement, par les
législatives. Le résultat est ce que nous vivons. Le couvercle de la marmite
est vissé pour cinq ans, quelle que soit la température à l’intérieur. Tout est
figé, les députés votent par contrainte des textes qu’ils peuvent difficilement
amender et le chantage à la responsabilité qu’ils encourraient de renverser le
gouvernement, les fait acquiescer. Des lois sont adoptées en fin de nuit par
quelques dizaines seulement de présents sur un effectif constitutionnel de cinq
cent soixante dix sept. La rigidité n’a pas pour résultat la rapidité ou la
clarté des décisions gouverenementale ou présidentielle. Sans contrôle et sans
risque, l’exécutif qui ne craint pas le débat puisqu’il peut à tout moment y
mettre fin sans explication ni motif que sa volonté de faire aboutir son
projet, dévoile sans préavis des réformes – il faut mettre des guillemets –
dont peu de nous veulent et n’entreprend pas celles que nous souhaitons d’expérience,
à croire que gouvernants et gouvernés sont de race, de natures différentes,
opposées, les immatures, c’est nous, le président de la République c’est la
sagesse incarnée. Le voici qui discourt à Grenoble pour rejeter les populations
migrantes, qui opine sur des culpabilités encore en instance de jugement, qui ressasse
son ambition d’une République irréprochable et exemplaire, et met la France en
contradiction avec tout son passé et à verser dans ce qui a été condamné au
titre de régimes totalitaires : la commissaire européenne à la justice et
aux droits fondamentaux, une hollandaise, le souverain pontife de l’Eglise
catholique nous en font le reproche. C’était le prédécesseur de l’actuel. Et
celui-ci fait se succéder des projets sans que le besoin en soit reconnu sauf
selon ses propres exhortations, sans que l’origine ou la cohésion avec d’autres
évolutions ou orientations soient dites, et ce qui se concocte un soir à trois
ou quatre personnages sur un coin de table (de style) au palais de l’Elysée a
force de loi quelques semaines ensuite : la modification des ensembles
départementaux formant nos régions pour soi-disant faire des économies en les
recomposant plus grandes et donc moins nombreuses ou nous mettre à l’échelle
des circonscriptions intérieures de nos voisins. C’est oublier que le Luxembourg,
Etat souverain, a juste la taille d’un de nos départements et réaliser plus
tard qu’une région allant du Rhin à la Marne (le chemin que nous réussîmes à
faire prendre en 1918 par nos envahisseurs de 1914) engendre des coûts de
déplacements pour les élus et les gestionnaires, du chef-lieu d’une assemblée
locale au site d’un exécutif ailleurs bien supérieurs. La décision solitaire et
sans sanction que son inefficacité devient un jeu cynique : savoir jusqu’où
nos élus parlementaires, nos opinions, notre bon sens peuvent être défiés. Une
loi qui ne peut plus même avoir un nom comme objet ou comme qualificatif, le
texte dit loi Travail, défie l’électorat natif du président de la République et
de sa majorité parlementaire : n’importe, elle s’impose. Le génie ou la
jactance du prince – légal mais pas légitime, tant il nous ignore – celui de la
précédente élection, celui de celle sous l’emprise de laquelle nous vivons
encore, sont tels qu’il est parlé d’une révision constitutionnelle, d’une déchéance
de nationalité, peine aussi exemplaire que la peine de mort pour dissuader les
passionnés de tuer ou d’y laisser en même temps sa vie, et qu’il faut y
renoncer car la majorité qualifiée nécessaire ne serait réunie qu’avec les
opposants qui réclament encore plus ce qui détache encore davantage les
soutiens originels, et ainsi de suite… erreurs de droit et mésestime des comptages
de voix. Une autre aventure s’était jouée dans la même instance qu’on réunit à
Versailles, sous l’appellation de congrès du Parlement, et s’était conclue à
une voix près, celle du président de cette assemblée qui traditionnellement ne
doit pas prendre part au vote, ou celle d’un transfuge de l’opposition d’alors
devenue majorité de maintenant. Les condamnations ont été unanimes dès la
Libération de 1944 pour juger forcé et illégitime, le vote de l’Assemblée
nationale des deux chambres réunies au casino de Vichy en Juillet 1940. Une majorité
écrasante en faveur du vainqueur à la bataille pour Verdun en 1916 n’avait pu
se constituer que selon des circonstances anéantissant les volontés et l’honneur
de quasiment tous les élus des années de paix et du Front populaire. Le système
n’était pas sans ressemblance avec celui qui nous encadre depuis une dizaine d’années.
Alors que la question évidente de l’époque était de savoir comment nous
gérerions le présent grevé par l’occupation ennemie et l’avenir en participant
à toutes actions qui finiraient par le défaire, on traita des institutions
constitutionnelles, lesquelles se résumèrent à la confusion des pouvoirs dans
les seules mains d’un grand homme vénérable et assurément honnête, mais ne
proposant que de la survie au pays, selon sa propre longévité. Le travail
dominical censément volontaire et mieux rémunérés qu’en semaine, ou la
négociation au sein seulement de l’entreprise sans que les salariés s’appuient
sur des délibérations et éventuellement des rapports de force plus avantageux,
parce que d’extension bien plus vaste : les accords de branche. Des textes-catalogues
valant des changements qui ne sont dits qu’à la sauvette puis imposés comme s’ils
étaient les seuls à importer parmi quantité d’autres dispositions. Des
comportements à notre tête méprisants et cyniques – y compris la forme dans laquelle
ils se justifient : grossièreté sans syntaxe de l’un, pleurnichage pour un
dire prudhommesque, celui de l’autre. Des entreprises vendues par leurs
dirigeants hors du chanp national, hors des compagnonnages européens qui
seraient naturels et sûrs du fait de nos voisinages mentaux, territoriaux. Des
habitudes prises par les élus de consentir pourvu que des concessions d’apparence
leur permettent de faire valoir un peu de résistance ou un peu de participation
à une œuvre dont ni eux ni les électeurs que nous sommes, ne veulent. Notre
tolérance enfin.
mercredi 10 août 2016
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