Changement de signe
« premier jet » d’une fiction politique
Chapitre 4
20/…/201… à 15:10
Le président au silence de la réflexion
La présidence de la République vient de communiquer que
contrairement à l’attente d’une majorité des Français – majorité selon quatre
sondages concordants – M. François Hollande n’interviendra pas ce soir. Sa
prochaine intervention, sur les chaînes publiques comme convenu hier, n’aura
lieu que demain, à la même heure que les précédentes.
20/…/201… à 15:23
Le président au silence de la réflexion : suite – Port-Royal en
vallée de Chevreuse
C’est en conversant avec le président fédéral de l’Autriche
après avoir déjeuné avec lui, en compagnie de M. Jean-Marc Ayrault, le Premier
ministre, que le président a décidé de reporter une prestation devenue habituelle
et surtout à suite et à suspense.
Pas d’explication ni au palais de l’Elysée ni à l’hôtel de
Matignon. Il y est cependant dit que le Président recevra volontiers lettres et
messages sur toute affaire d’intérêt général.
Journal du Président
Au palais, en fin d’après-midi du lundi 21… 201...
Francophone parfait, mon homologue autrichien a manifestement été
flatté, puis très heureux que je l’entraîne au lieu de mes ballades
d’adolescent, d’étudiant et d’amoureux, cette vallée de Chevreuse. Nous avions
officiellement peu à nous dire, mais le président Kaunitz (descendant en ligne
collatérale du chancelier de Marie-Thérèse) m’a aussitôt entrepris sur les
moments télévisés que je me suis permis d’imposer aux Français et à toute
l’Europe : son expression. Evidemment, mon point de départ, l’Anschluss,
ne pouvait que concerner son pays. Nous sommes entrés dans l’exploration de
telles perspectives européennes, puis j’ai bénéficié d’une telle leçon de
politique comparée et même de gestation nationale version habsbourg, version
reflets de France chez les autres, que j’ai senti le besoin – soudain, aussi
soudain que d’intervenir à la suite de Chaplin l’autre soir – que nous nous
arrêtions, les Français et moi, au moins pour quelques heures, pour ce soir. Je
vais résumer et structurer – pour ensuite le communiquer – ce que j’ai déjà dit
et proposé, et vais esquisser, pour un appel aux contributions, aux questions,
aux débats, ce que je dois exprimer ces prochains jours. Je veux aussi limiter
ce temps de communication quotidienne, en réfléchir ce qu’il doit produire dans
notre vie nationale, immédiate et à terme court. Le président Kaunitz, docteur
en droit de nos facultés, avec une thèse sur le referendum selon Carré de
Malberg et selon René Capitant, m’a tranquillement assuré de ce vers quoi
j’allais même si je ne l’avais pas au préalable délibéré. Nous avons laissé le
Premier ministre regagner seul Paris. Notre ambassadeur ne m’avait pas informé
de cette proximité remarquable de notre partenaire avec nous. Aucun interprète,
fût-ce mon cher Ayraul, n’était donc nécessaire, mais il n’était pas mauvais
que la brève indication de droit constitutionnel autrichien sur l’étrangeté
d’un élu au suffrage universel direct : le président fédéral, qui ne
gouverne pas, qui ne préside même pas mais dont la signature en tout est
requse, soit entendue et méditée par nous deux ensemble.
Selon Kaunitz, l’Europe n’a rien de neuf à trouver ou à apporter à
ses ressortissants, Etats-membres, peuples, individus personne par personne et
associations, partis ou groupements divers, que la façon d’agencer et faire se
communiquer les acquis de chacun, les gloires, les talents, l’explication des
revers de nos histoires et de nos géographis respectives. La solidarité, bien
avant son application financière qui n’a d’ailleurs de logique et de moyen que
des fiscalités au moins analogues, sinon uniques, doit être mentale. Nous
enorgueillir les uns des autres, admirer Frédéric même s’il trahit puis défait
la France, pour correspondre encore davantage avec nos philosophes, lui qui
avait choisi de ne parler que le français avec son père et son entourage pour
venger l’exécution de son plus cher ami. Comprendre l’Allemagne et en aimer ses
tentatives, le nazisme, l’Anschluss, la guerre, le personnage même de Hitler
étant, surtout pour un Autrichien, de responsabilité collective. Il pense et
dit avec force que notre indépendance – dont, par exemple, la neutralité autrichienne,
est une des versions et anticipations – notre indépendance européenne n’a de
chance que si elle aussi, elle surtout est d’abord mentale. Davantage d’autres
valeurs, d’autres critères de la réussite personnelle et nationale que ceux
cultivé actuellement, notamment en France, selon lui. Il a noté, étant arrivé
chez nous, en voyage d’abord privé depuis vendredi soir – il a ainsi regardé la
fin de mon intervention et suivi les autres jusqu’à hier – que nos étudiants
devenus adeptes des moments universitaires ou de stages à l’étranger, vont
davantage aux Etats-Unis, en Australie qu’en Europe surtout germanique et
slave. Il s’était fait donner des statistiques, à Vienne, sur le
« pantouflage » des anciens élèves de l’E.N.A. et en a été surpris.
Il nous croyait encore tous imprégnés d’une militance pour le service public,
et un total dévouement à l’Etat. Faut-il expliquer cette exploitation d’un
passage en cabinet ministériel en présidence de sociétés qu’ona contribué à
privatiser, par le souci de ré-insuffler dans la direction des grandes
entreprises civisme et intéréêt national ? impossible à admettre puisque
ce sont ces anciens grands fonctionnaires qui inspirent à tout notre pays la
croissance externe, l’investissement couteux, risqué, peu négocié en achat
d’entreprises étrangères. Il a à l’esprit tel directeur du cabinet d’un de nos
Premiers ministres, à l’époque ministre des Finances, du Budget et des
Privatisations qu’on peut dire de droite. Inspecteur des finances, fils du
représentant de de Gaulle à Londres, il est chez Goldman Sachs et a conférencé dès 2008 rue Saint-Guillaume pour légitimer son
parcours et sa banque étrangère d’adoption
qui a privatisé une banque française. Il s’est arrêté dans cette
réflexion sans me demander de réplique, je n’en avais pas. Il a conclu cette
partie de notre conversation par le mouvement de nos grandes autorités morales,
à la suite de notre défaite de 1870, évoqué l’erreur dramatique de Napoléon III
quand Sadowa eût été évité pas seulement à l’Autriche mais à toute l’Europe, et
même à une bonne partie de l’Allemagne, si la France était intervenue. Eugénie
de Montijo dont il vient de lire une biographie a supplié l’Empereur toute la
nuit, tandis que le Moniteur
retardait d’heure en heure une édition qui eût publié le décret de
mobilisation.
Nous marchions en sous-bois vers les « écoles ». Il a
évoqué François Joseph, son couple malheureux malgré la beauté mais sans doute
à cause de l’originalité de Sissi, sinon de son excentricité dont le Habsbourg
était incapable, fonctionnaire et travailleur dans l’âme. Cependant leur
complémentarité, lui prince allemand au possible mais distinguant âme, culture
d’une forme étatique, et elle bavaroise certes mais surtout en phase avec les
nationalités minoritaires, asservies, d’où le compromis austro-hongrois qu’elle
fit vivre à l’Empereur avant qu’il en accepte la négociation. Il a
évoqué aussi la correspondance quotidienne entretenue ensuite avec Catherine
Schratt, de l’aveu de la Kaiserin quand le vagabondage de celle-ci a commencé
tandis que l’époux dès quatre heures du matin graticulait mi-romantique,
mi-fonctionnaire, préférant désormais Schönbrunn, à la ville et à la Hofburg. Je ne voyais
pas où il voulait en venir… puis j’ai compris. J’en parlerai à … qui n’a
toujours pas admis la place récurrente de S… dans ma pensée et mes fantasmes,
je l’avoue. Nous soumettre, elle et moi, moi… à cette fonction présidentielle
dont je n’avais pas admis que S… fut la possible titulaire. Aurai-je été plus à
ma place, plus efficace en étant simplement aux côtés de la première femme à
présider notre République. Kaunitz répond que cette question est oiseuse et que
– précisément – depuis vendredi soir, les Français découvrent celui qu’ils ont
mis une vingtaine d’années à comprendre qu’il l’attendait, le président du
possible, le président puisant dans leur énergie collective, dans leur
imagination des moyens, des recettes, des perspectives plutôt que dans les
dossiers et les habitudes de penser et de rédiger des entourages, des
administrations refilant de règne en règne, de ministre en ministre ce que le
prédécesseur a ignoré ou émasculé. Vos
compatriotes saluent tout simplement votre émancipation, monsieur le président.
Alors, cher ami, il m’avait pris le bras, où pensez-vous que nous
allons ? C’est moi qui l’interrogeait. Pour l’Europe, c’est sûr. Vous
gardez encore le privilège d’en avoir l’apparence de l’inventer par votre
simple énoncé. Je le dirais depuis Vienne ce serait inaudible, et les voisins
de mon pays croiraient à ma brigue de l’emploi – en tant que représentant d’un
petit pays, d’expérience vertes, mais petit dans sa configuration territoriale
actuelle : l’élection au suffrage direct du président de l’Union. Le
S.P.D. allemand l’a souvent votée en congrès, mais de Berlin le propos assourdirait.
Donc, vous… la France.
Notre compatriote, membre de la Commission, m’a fait
connaître une lettre d’un de vos compatriotes au président Barroso, à Viviane
Reding. Il m’a été dit que la Chancelière avait reçu la même lettre, notre
collègue luxembourgeois aussi : ce nouveau mode d’élection doit être à
l’ordre du jour du prochain Parlement de l’Union et rien que son adoption
motive que les élus du printemps prochain reçoivent des votants de chacun des
Etats-membres quels que soient les partis qu’ils choisissent de soutenir, un
mandat de constituant. Il ne se souvient pas de son nom, mais je reconnais mon
épistolier. Je lui avais fait répondre en copier-coller, donc sans engagement.
J’ai donc maintenant commencé à le satisfaire.
J’ai demandé à Kaunitz le secret de ce climat social en Autriche.
Il répond que c’est un legs des catastrophes vécues par son pays de 1918 à
1938, et plus encore de la perspective d’un partition définitive entre les
blocs, à l’instar de l’Allemagne – dont il sait que la France fut la puissance,
parmi les Quatre alliés occupants, la plus déterminée à ce qu’elle ne se
réalisât pas. Les Autrichiens ont alors appris l’union nationale, le consensus
sur presque tout, le co-gouvernement dans les syndicats, dans les Länder, et
même la « Proporz » pour les grands emplois. Suffrage direct pas tant
pour gouverner et commander, ni même décider que pour représenter et répondre
suprêmement du pays, des régions. Cette tolérance à l’autre camp, l’autre
couleur, les Rouges et les Noirs, vient principalement de l’effort – immense –
que nous avons dû vivre et que nous continuons de faire, à la quatrième
génération. Nous avions trouvé la solution du vivre ensemble pour toute
l’Europe centrale de l’Est, nous étions un Etat multiple, bien davantage qu’une
« double monarchie » pour finir et dont nous n’avions pas su
exploiter toutes les virtualités, sauf peut-être François Ferdinand (il
prononce le d final même en français). Nous étions donc très différents de votre
solution, vous n’en avez qu’une depuis mille ans. La suite est
franco-autrichienne pour les institutions de notre chère Europe. Il était
souriant, je comprenais : la solution française pour le sommet, Carré de
Malberg et Capitant transposés dans le fonctionnement d’une démocratie directe
dans les matières prévues par le nouveau traité, et les expériences
autrichiennes, bien antérieures aux allemandes et aux belges, voire aux
espagnoles – tous pays et peuples, me faisait remarquer Kaunitz, qui ont été
Habsbourg – pour l’ensemble de ce qui n’est pas la compétence de Bruxelles. Et
aussi de Strasbourg, ai-je souligné.
Mercredi
13 Novembre 2013 – 15 heures 05 à 16 heures
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A Villacoublay, nous avons été laissés seuls. PRL était venu aux
nouvelles et pour un éventuel communiqué commun, à défaut de la conférence de
presse à deux, pupitres dressés et profils des personnages passant plus de
temps à la péroraison publique qu’à vraiment travailler ensemble pour se
comprendre et pour, si possible, édifier. Il a compris que nous ne ferions
rien. Je lui ai confirmé. Kaunitz, qui est de beaucoup mon aîné. D’âge mais
aussi de référence, une culture hstorique doublement atavique, sa famille
prestigieuse, son pays qui continue de respirer l’Histoire et qui la fait bien
plus souvent que nos instituts de stratégie et de polémologie le remarquent. Le
chemin du traité d’Etat, la candidature à l’Europe occidentale en test de
Gorbatchev, surtout la porosité austro-hongroise du rideau de fer, une
connaissance de l’Europe ex-soviétique que nous n’avons pas et où l’allemand
reste langue de communication. Et puis, les musulmans chassés d’Espagne,
réintègrent la substance européenne par son centre de gravité, sans doute à son
corps défendant d’abord mais à la conclusion des guerres balkaniques pendant
lesquelles la Turquie achève de tout prdre ou presque au nord Bosphore, c’est
la monarchie la plus catholique, avec droit de veto sur l’élection du
successeur de Pie X, qui annexe une importante province d’Islam, c’est plus
récemment un juif émigré dès l’annexion du petit pays par le Reich qui, devenu
chancelier, introduit et cautionne Arafat dans le jeu européen, donnant en fait
mission de paix au Vieux Monde.
Cet homme m’a fait doublement rêver. Il m’a quitté avec des
recommandations d’aîné. Cette façon de parler pour votre Etat, selon votre
gouvernement, n’est pas digne ni sincère : explorer des pistes… au lieu de
décider ou de concerter pour décider. Les pistes se codent, vous en êtes dans
vos médias à vous faire décrypter, les images de vos fonctionnements publics
faussent ce que vos concitoyens doivent voir et comprendre : épinglés par
la Cour des comptes, dans la collimateur de la justice, un ballet diplomatique,
c’est autant biaisé que pour le foot-ball où marquer un but selon les vôtres,
c’est réaliser l’exploit, c’est décrocher son billet pour… ou vos commentaires
de bourse personnalisant les indices et accréditant donc leur autonomie,
légitimant des comportements d’entrainement : telle valeur s’adjuge ou
s’octroie… Mais ce n’est pas à un étranger de vous apprendre la bonne
application de votre langue, naguère si adéquate pour la vie publique, aux
époques où l’on s’exprimait sans marteler… Priez-vous, cher François ? Il
m’a pris de court, il a évoqué de nouveau le secret de son pays, apparemment
amputé de partout depuis un siècle et demi. K und K… mais juste à la génération
qui nous précède cette entente exceptionnelle, humaine et fidéiste : le
chancelier Kreisky qui posa par referendum le dilemme nucélaire, le
milliardaire Kahane et les métaux rare, le petit juge Kirschlagger, le cardinal
König qui faillit être pape. La recommandation de celui-ci, vingt minutes par
jour, dix minutes de moins que la recommandation d’un moine bénédictin un peu
plus tard. J’ai écouté, effectivement je ne m’arrête guère, ni au bureau, ni
dans ma vie. Ma platitude, vient-elle de là. Il me quitte : je vois où
vous allez, c’est maintenant qu’il va falloir que vous vous arrêtiez
régulièrement rien que pour contempler les cercles concentriques formés dans
l’eau par vos jets de pierre. Une par jour, un arrêt par jour. Vous avez
commencé vendredi soir. Et puis faites s’arrêter et méditer la France. Elle n’est
pas qu’à vous, ni qu’à elle et aux Français. Entendez, par exemple, vos
Africains, vos Arabes, entendez-moi. Elle n’a plus d’âge la France aujourd’hui. Ni
celui de son histoire, ni celui de la jeunesse retrouvée quand 1940 produisit
1958. Amnésique, autiste, muette, pas
bien belle. J’ai encaissé, j’ai admis. Soyez conséquent. Vous devez ne pas
rater.
Nous étions courbés sous les pales du rotor. PRL m’a accueilli quand
je suis sorti de l’haleine de l’hélicopère. Kaunitz vient de m’appeler, au
décollage de son avion à Charles-de-Gaulle. Je vous attends. Il ne m’a pas
dit : à l’œuvre ou à Vienne . J’ai envie des deux.
Quand je lui ai demandé qui il verrait pour présider la nouvelle Union, qui
nous présenterions et soutiendrions au suffrage universel, il m’a mis la main à
l’épaule, me redonnant le titre de ma fonction : Monsieur le Président,
vous n’avez donc pas compris… le peuple ! le peuple ! plus nous. Ou
si peu.
Je me mets à mon appel aux Européens. Esquisse pour mon dispositif.
Le Président de la
République
à Madame… Monsieur …
Je vais arroser chacun de mes homologues, les parlementaires de
Strasbourg, les membres de la Commission. Nous ne publierons cela que plus
tard. En fait, ce sont nos partenaires qui publieront et donc commenteront.
Paris, le 21 … 201…
M…
nous ne pouvons plus continuer d’être les
cocus … il faut que je trouve autre chose, mais
c’est bien ce que je veux dire, et ce que les Français, nos peuples en Europe
ressentent ! les cocus de l’Histoire.
Beaucoup d’entre nos peuples et nos Etats, , aux siècles récents, pouvaient,
chacun à soi seul, tenir tête au reste du monde. Nous l’avions entièrement,
sauf la Chine et encore.. et le Japon qui nous imita, colonisé, peuplé, occupé :
ce « reste du monde », sans doute indûment mais le mouvement et la
puissance y étaient. Le commerce international, l’industrialisation, les grandes
inventions après les grandes découvertes, c’étaient nous. Nos guerres
intestines, pichrocolines à les analyser rétrospectivement, nous ont perdus.
Nous n’existons plus ni par nous-mêmes ni par notre ensemble, du moins à
proportion de ce que nous fûmes et de ce que nous pourrions être. Sans que nous
ayons pris conscience, nous sommes autant divisés qu’aux veilles de nos guerre.
La monnaie, le budget, la fiscalité, le rapport au monde extérieur quels que
soient les enjeux pour la paix et pour l’équité du commerce international nous
mettent face à face ou au silence. Nos peuples ne croient plus en leurs Etats.
Si rien ne change, si tout continue, nous en serons, vous, moi, nos collègues
au Conseil européen, responsables devant nos peuples et devant l’Histoire. Le
chemin des années 1950 et même celui de Maastricht sont perdus.
Je vous propose que soit donnée au prochain
Parlement de notre Union la compétence constituante, que nous le chargions de
rédiger – traité fondamental, loi de même ou Constitution pour l’Europe, peu
importent les mots, n’est-ce pas ? – un texte instaurant la démocratie
directe, c’est-à-dire déterminant un retour d’intérêt et de passion de nos
concitoyens pour l’entreprise qui est en plan depuis une grande décennie au
moins. Nos prédécesseurs ont fait de l’intergouvernemental. Nous voyons le
résultat, notre tolérance est mortifère. Que soit désormais élu le président de
l’Union par l’ensemble des citoyens européens, qu’il ait le droit d’en appeler
de soumettre au referendum tout projet de texte, toute initiative du domaine
prévu par notre nouvelle charte, et même la révision de celle-ci.
Je suis convaincu que cette novation
permettra la solidarité entre nos peuples, mentale, financière, sociale. Elle
permettra aussi à notre Europe d’imposer le bon sens et la justice dans les
relations internationales, pour un nouvel agencement du commerce, de
l’investissement. Elle fera le lien entre les politiques de l’Union, de nos
Etats et la Banque centrale européenne.
Nous pouvons encore tout rattraper.
Je souhaite que le prochain Conseil
européen en décide pour une proposition ferme au Parlement européen, et que
s’instaure au plus vite un débat proprement européen dans l’ensemble de nos
peuples. A défaut, ce ne seront plus même le scepticisme ou les envies de
sécession qui auront un cours de
plus en plus dévastateur. Ce sera la fin de notre histoire,
de l’entreprise inspirée par les deux grandes guerres qui nous ont ravagés mais
aussi rapprochés, la fin – nos peuples le sentent – de chacune de nos nations
dont nos jeunesses auront décidé
l’évacuation, l’abandon.
Nous ne le voulons certainement pas.
Je vais laisser reposer cette nuit et demanderai des affinements de
plume à … et à …
20/…/201… à 23:25
Une visite impromptue à l’Elysée
Un jeune mauritanien a été admis
à visiter en début de soirée le président de la République, qui a complètement
renoué avec l’habitude du général de Gaulle de ne résider en semaine qu’au
palais de l’Elysée.
Le jeune homme est porteur d’un
message de ses compatriotes en remerciement à M. François Hollande pour être
intervenu en faveur de la démocratie auprès de celui qu’il appelle un dictateur
pseudo-militaire et un traître avéré.
20/…/201… à 23:28
Une visite impromptue (suite)
La présidence de la République confirme
que M. Mounir Ould Cheikh
Abdallahi, cadet des fils du président de la République mauritanienne, renversé
par le chef de sa garde prétorienne en 2008, a été reçu par M. Hollande. Le
Président a mis à sa disposition une des chambres de l’appartement privé, pour
cette nuit.
Il est précisé qu’aucun
communiqué ni aucun contact de presse à la sortie du palais, demain matin, de
M.Ould Cheikh Abdallahi,
ne sont à attendre.
20/…/201… à 15:10
Le président au silence de la réflexion
Ni conférence de presse ni
communiqué communs pour clore la courte visite officielle du président de la
République fédérale d’Autriche. Pas davantage de précision sur l’accueil d’un
émissaire mauritanien à l’Elysée. Et surtout, interruption du cycle d’annonces
présidentelles en direct, avant les journaux télévisés de la journée.
Que prépare, qu’envisage M.
François Hollande ? Aucun commentateur, pour une fois, ne prophétise ni ne
déduit. Il est rare que les Français soient en manque d’intervention
présidentielle. Celle des autres acteurs politiques ests périmée depuis
vendredi soir. Comme au temps du général de Gaulle – qui paraissaient si
lointains, il y a quatre jours – le président de la République est redevenue la
référence et le maître de la vie publique. Instinctivement, les Français en
quelqus heures y ont, manifestement, repris goût, de quelque génération qu’ils
soient.
Journal du Président
Au palais, lundi 21… 201..., bientôt minuit.
J’ai donc fait monter à mon bureau le jeune Mounir. Il avait dit
vrai. Il se reconnaît dans le palais et est bien le fils de son père reçu par
mon prédécesseur en Octobre 2007. Pour ne pas perturber notre ambassadeur à
Nouakchott, je n’avais pas fait vérifier. Beaucoup d’allure. Je demanderai à
rencontrer son père. Sobrement, il m’a raconté la trahison du seul président
mauritanien élu à l’issue du deuxième tour d’un scrutin pluraliste et validé
par les coopérants européens et de la francophonie… de bout en bout depuis la
confection des listes électorales à la transmission des dépouillements.
Trahison plus encore par nous que par son chef d’état-major particulier avec
lequel nos « services » entretenaient à l’avance si l’on peut
tristement dire une relation le préférant au président lui-même. Se référant à
ma phrase de Tulle, il me demande ce que je fais pour que cela change en
Afrique, autant que cela puisse nous incomber. Rejoignant mon épistolier avec
lequel il est en relation par courriel et que connaît son père depuis leur jeunesse
à chacun, il me conseille une journée à huis clos et sans annonce avec
l’ensemble de nos ambassadeurs en Afrique, de les changer si je les sens
routiniers ou attachés au vieil ordre des choses, en tout cas de donner des
instructions à jour. J’ai reconnu qu’on était loin de ce cas. Sans doute héritier
du rôle spirituel qu’a sa famille en Mauritanie et dans l’Afrique de l’Ouest –
il m’a rapidement expliqué le système des confréries musulmanes dont j’ignorais
tout et m’a renvoyé à l’ouvrage de Xavuer Coppolani, celui qui nous a
« donné » la Mauritanie grâce ce savoir et à l’interlocuteur et ami
décisif qu’il avait su alors se faire, Cheikh Sidya – il m’a remercié de mon
hospitalité, celle de la République ici… ce qui n’a pas de précédent à ma
connaissance – en faisant écho, sans le savoir, à Kaunitz. Lisez la prière du
roi Salomon, vous serez exaucé. Notre saint Coran nous l’apporte autant que
votre Bible. Il est temps que la France discerne et soit sage avec ceux qui
demeurent les siens. J’ai bredouillé. Il n’y a pas une Bible au palais et je
n’ai pas envie d’une recherche sur Google, puisqu’il paraît que
nous sommes écoutés, contrôlés et suivis.
Demain va être chargé. Ayrault doit recevoir un à un les ministres,
en conserver quelques-uns pour la suite et en recruter quelques autres. Il fera
à sa guise pourvu que, moi compris, nous ne soyons que quinze au conseil
après-demain.
Jeudi
14 Novembre 2013 – 10 heures 29 à 13
heures 40
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